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Layachi Bakbou - Maître musicien Gnawa de Marrakech
Maâlem

Layachi Bakbou

Marrakech, Maroc Style Traditional

Maâlem El-Ayachi Bakbou est le coeur battant et la racine la plus profonde de la tagnaouite dans la ville rouge de Marrakech. Son nom revient chaque fois que l’on parle de Gnawa, car il incarne l’autorite spirituelle et la source originelle d’ou a emerge l’une des dynasties gnawies les plus importantes de l’ere moderne — celle qui a porte cet art sur la scene mondiale. Ce qui le distingue de ses pairs parmi la generation fondatrice est sa capacite extraordinaire a preserver la sacralite du rituel gnawi a l’interieur de la zaouia, tout en possedant une vision ouverte qui a permis a ses eleves et a ses fils de transporter cet heritage des espaces de guerison fermes aux scenes ouvertes. Il est une reference traditionnelle par excellence, gardien du tabout (l’essence spirituelle du Gnawa), mais en même temps le premier a avoir ouvert la voie au mouvement de renouveau qui a transforme le visage de la musique marocaine contemporaine.


Le Parfum du Sahara et la Memoire de la Diaspora

Comprendre les racines profondes du Maâlem El-Ayachi Bakbou exige un retour aux premieres pages de l’histoire de la diaspora africaine au Maroc. Les origines de la musique Gnawa remontent aux groupes ethniques d’Afrique de l’Ouest et du Sahel — plus precisement les empires Haoussa, Bambara, Peul et Soninke. Ces ancêtres, amenes au Maroc par les caravanes du commerce transsaharien a partir du XIe siecle et jusqu’a l’epoque du sultan Moulay Ismaïl au XVIIe siecle qui les enrola dans l’armee des Abid al-Bukhari, apporterent avec eux leurs croyances animistes et leurs rythmes qui furent remodeles dans un cadre islamique soufi.

Dans un rare documentaire anthropologique du realisateur français Jacques Willemont intitule “Gnawa : au-dela de la musique,” le Maâlem El-Ayachi Bakbou apparaît parlant fierement de ses origines et declarant sans equivoque : “L’origine de notre famille, c’est le Sahara.” Cette declaration n’est pas un simple repere geographique — c’est une affirmation d’appartenance ontologique a une culture du nomadisme, de la patience et de la preservation de l’identite a travers les generations. La famille Bakbou s’est installee a Marrakech, une ville qui a forme un creuset culturel ou les routes commerciales se croisent et ou les traditions amazighes, arabes et africaines s’entremelent. Dans ce climat, l’ecole Bakbou a pris forme au sein de la Zaouia Gnawiya — un espace reunissant les fonctions d’un lieu de culte, d’une clinique de guerison psycho-spirituelle et d’un institut d’enseignement musical secret.

La Zaouia : Incubateur Spirituel et Musical

El-Ayachi Bakbou appartient a une lignee spirituelle qui prend la zaouia gnawiya comme centre de ses operations. La musique dans ce contexte n’a jamais ete un art joue pour le divertissement ou le spectacle — c’etait un outil liturgique indissociablement lie aux rituels quotidiens de la vie domestique. El-Ayachi considerait le guembri (hajhouj) comme un être vivant necessitant une nourriture spirituelle par l’encens et les soins rituels avant tout entretien materiel.

La musique etait intimement liee aux rituels precis de la maison marrakchie. Les enfants de la famille Bakbou n’ont pas appris la musique par des leçons theoriques mais par ce que l’on ne peut decrire que comme une absorption osmotique. Imaginons la premiere lila a laquelle assiste l’un des jeunes fils d’El-Ayachi — le petit Mustapha ou Ahmed — assis dans le coin d’une piece faiblement eclairee. L’odeur du benjoin et de l’encens emplit l’air, les corps oscillent en mouvement pendulaire rythmique. Le pere, El-Ayachi, frappe les cordes epaisses du guembri, et les murs d’argile de la zaouia tremblent. A cet instant, l’enfant sent les vibrations sonores voyager a travers le sol jusqu’a la plante de ses pieds, puis monter dans sa poitrine. C’est le moment precis ou l’enfant realise — sans que personne ne le lui dise — que le Gnawa est “bien plus que de la musique,” c’est un langage de communication avec des entites invisibles (les mlouk), et que son pere n’est pas simplement un musicien, mais un “medecin des âmes” et un maître guidant un navire charge de souffrants vers les rivages de la serenite et de la guerison.

De l’Apprentissage a la Maîtrise

L’apprentissage dans le monde du Gnawa est rude et long. Au debut, le trainee reçoit les qraqeb (castagnettes doubles en fer) qui symbolisent les anciennes chaînes. Les maîtres seniors racontent comment tenir les qraqeb pendant des heures ensanglante les doigts et epuise les muscles — un test de la capacite du disciple a endurer la douleur et la discipline rythmique. El-Ayachi Bakbou lui-même a parcouru ce chemin rigoureux, interdit de toucher le guembri avant d’avoir prouve sa valeur spirituelle et physique. Il a compris des l’enfance que l’instrument choisit son maître, et que la transition du fer frappe (qraqeb) aux cordes de boyau caressees (guembri) est un passage de l’etat de murid (chercheur) au rang de sayyid (maître).

Etape Instrument Dimension Spirituelle Rôle dans la Lila
Absorption (Observation) Rien (ecoute seule) Absorber les rythmes des esprits, apprendre les couleurs et les encens Memoriser le corpus poetique et rythmique sans pratique
Discipline (Premiere Pratique) Qraqeb (Castagnettes) Dompter le corps, endurer la douleur, fusionner dans le rythme collectif Maintenir la polyrythmie structurelle
Commandement (Direction du Rythme) Tbel (Tambour) Annoncer l'arrivee, contrôler l'espace exterieur, appeler les esprits Diriger la Aada (procession d'ouverture dans la rue)
Maîtrise (Le Maâlem) Guembri / Hajhouj Communication directe avec les esprits (mlouk), guidage de la transe Direction de la Derdeba (rituel interieur ferme)

L’Appel : Quand les Esprits Ont Choisi Leur Maître

L’Appel est la station la plus profonde dans la vie de tout maître gnawi, pourtant souvent ignoree dans les biographies superficielles. Quand un musicien accompli decide-t-il d’acceder au rang de Maâlem ? Dans la tradition Gnawa, cette decision n’est jamais prise individuellement ni basee sur la seule competence technique. Le rang de Maâlem signifie, dans sa traduction litterale, “Celui qui sait.”

Pour El-Ayachi Bakbou, le moment de transformation n’etait pas une promotion professionnelle — c’etait un engagement destine. Les traditions orales liees aux ecoles de Marrakech indiquent que la “nuit decisive” dans la vie d’un futur maître comporte souvent une experience spirituelle intense. Quand un musicien prend la direction de la Derdeba (le rituel complet de guerison) pour la premiere fois, il assume la responsabilite des corps qui entreront en etat de jedba (transe). El-Ayachi Bakbou savait bien qu’une erreur dans l’invocation du mauvais molk (esprit), ou jouer un rythme qui ne correspond pas a la couleur et a l’encens designes, pouvait causer un prejudice psychologique et physique a la personne en transe.

Affronter la Peur et l’Epreuve du Refus

El-Ayachi a-t-il fait face au rejet ou a la peur ? La reponse reside dans la nature même de l’instrument. Dans l’heritage gnawi, on croit que le guembri est habite par les esprits, et qu’en jouer la nuit ouvre des portes entre les mondes. La peur ici n’est pas celle du public, mais des “forces invisibles” convoquees. El-Ayachi devait prouver aux anciens cheikhs de la zaouia et a la Moqaddema (la clairvoyante qui gere le côte spirituel de la lila) qu’il possedait la baraka (grâce et pouvoir spirituel) pour contrôler ces forces.

El-Ayachi a surmonte ces peurs par l’abandon total a la tradition. Il a realise que le guembri n’est pas simplement une boîte d’acajou et de peau de cou de chameau, mais une extension de son corps. Quand il a pose ses doigts sur les cordes cette nuit-la, il n’a pas joue la musique — il a laisse les esprits jouer a travers lui. Cet abandon total est ce qui lui a valu le titre de “Maâlem,” et a fait de lui un pôle autour duquel les generations suivantes allaient graviter.


L’Empreinte Artistique : L’Ingenierie du Rythme Marrakchi

Pour elever l’analyse au-dela du recit general des encyclopedies numeriques, il faut deconstruire l’empreinte artistique du Maâlem El-Ayachi Bakbou. Il appartient a l’Ecole Marrakchie — une ecole caracterisee par des traits ethnomusiciologiques fondamentalement differents de l’ecole d’Essaouira (Marsaouia), qui s’appuie sur des rythmes plus legers, plus rapides et influences par la musique andalouse et maritime.

Comment El-Ayachi gere-t-il le rythme ? Son rythme peut être decrit comme “lourd, terrestre et circulaire.” Dans le style Bakbou, le guembri ne se precipite pas vers le climax. Il s’appuie sur la repetition cyclique d’un theme melodique simple (riff) qui s’accumule progressivement pour bâtir une tension hydraulique dans l’espace. Cette lourdeur ne vient pas d’un jeu lent, mais d’une focalisation intense sur le “pouls grave” (frequences basses) produit en frappant la corde epaisse, accompagne d’un tapotement des doigts sur la peau du guembri — une technique unique qui transforme l’instrument a cordes en instrument de percussion simultanement.

Gravite Cyclique

Des rythmes lourds et circulaires qui tournent comme des planetes. Le guembri ne se presse pas -- il accumule la tension jusqu'a ce que l'espace lui-même vibre.

Double Instrument

Une technique unique de tapotement sur la peau du guembri tout en pinçant les cordes, transformant un seul instrument en deux : melodique et percussif.

Flexibilite Sacree

Traditionaliste strict a l'interieur de la zaouia, mais collaborateur adaptable sur la scene de theatre -- servir le contexte sans trahir les racines.

Entre la Rigueur Traditionnelle et l’Aventure Theatrale

Modifie-t-il la tradition ou la suit-il a la lettre ? La reponse porte un magnifique paradoxe qui definit l’unicite d’El-Ayachi Bakbou. Dans le cadre de la Derdeba (le rituel therapeutique), El-Ayachi apparaît comme un traditionaliste inebranlable. Il suit l’ordre sacre de la lila gnawiya a la lettre. Il commence par la Aada (procession), entre dans la section des al-Bidane et Ouled Bambara (invocation des ancêtres), avant d’ouvrir les stations des sept couleurs — le noir pour les esprits celestes, le bleu pour les esprits de la mer, le rouge pour les esprits de la forêt et du sang, le vert pour les Chorfa, etc. Il impose un silence sacre, interdisant les chaussures et le tabac des que le rituel commence, comme documente par les chroniqueurs du patrimoine tels que Jacques Willemont.

Pourtant, la grande surprise dans la trajectoire de ce maître traditionnel est son intense flexibilite dans les contextes non rituels. El-Ayachi Bakbou a participe a la presentation du patrimoine gnawi au-dela des murs de la zaouia a travers sa collaboration dans la piece de theatre “Al-Harraz” avec la troupe pionniere marrakchie Al-Wafa. Dans ce contexte theatral, El-Ayachi a reconnu que le public ne cherchait pas la guerison spirituelle mais la beaute esthetique, adaptant certaines melodies et les debarrassant de leur charge rituelle complexe — comme l’air de “Baba Hamouda” — pour les presenter dans un format dramatique adapte a la scene. Cette double posture — le gardien strict dans la zaouia et le collaborateur flexible au theatre — est la signature artistique qui a ouvert la voie a ses fils pour conquerir le monde.


De l’Ombre Locale a la Portee Cosmique

Le parcours du Maâlem El-Ayachi Bakbou n’a jamais ete une quête de projecteurs — c’etait un chemin de consolidation et d’autonomisation. Tout au long du milieu du XXe siecle, la musique Gnawa etait consideree par les elites culturelles comme une forme de folklore marginalise ou de rituels de sorcellerie propres aux minorites et aux classes laborieuses defavorisees. Pourtant, la reconnaissance profonde de la communaute envers El-Ayachi se manifestait dans l’enorme respect dont il jouissait dans les ruelles de Marrakech, ou il etait appele pour denouer les noeuds spirituels et diriger les grandes lilas de guerison.

Quand son heritage est-il passe du local au mondial ? El-Ayachi Bakbou lui-même n’est pas monte sur la scene mondiale au sens commercial que nous connaissons aujourd’hui — il l’a atteinte a travers son extension genetique et artistique : ses fils et ses eleves. La plus grande reconnaissance du parcours d’El-Ayachi est venue dans les annees 1970, une periode qui a vu l’emergence du “phenomene Ghiwani” au Maroc. Son fils, Maâlem Mustapha Bakbou (ne a Marrakech en 1953), est sorti de la zaouia de son pere pour devenir l’un des piliers du groupe musical emblematique Jil Jilala.

Le Patrimoine Voyage et les Regards Changent

Le premier veritable voyage international du style Bakbou a ete porte sur les epaules de ses fils, qui ont pris les rythmes du pere et traverse la Mediterranee. Le public international — que ce soit aux festivals de jazz en Europe ou dans les grands theatres d’Amerique et d’Asie — regardait ce patrimoine (affine par El-Ayachi et transmis par ses fils) avec un emerveillement absolu. Ils trouvaient dans ces motifs polyrythmiques des racines connectees directement au Blues et au Jazz, amenant les critiques occidentaux a considerer le Gnawa comme “le Blues d’Afrique du Nord.”

La celebrite a-t-elle change sa relation aux rituels ? Pour El-Ayachi en tant que patriarche, la celebrite n’a pas modifie d’un iota son respect des rituels. Il a continue a diriger les nuits de Derdeba avec sa rigueur habituelle. Quant a ses fils, ils ont vecu une tension productive entre la preservation de l’authenticite de leurs racines dans la zaouia et les exigences du spectacle au Festival Gnawa d’Essaouira. El-Ayachi a reussi a planter en eux une immunite culturelle, les rendant capables de jouer dans les plus grands festivals du monde sans perdre la capacite de retirer leurs chaussures et de s’asseoir humblement sur une natte pour diriger une lila rituelle pure des leur retour a Marrakech.


La Philosophie de la Fusion : Entre Danger et Necessite

La question de la fusion musicale est l’une des problematiques ethnomusiciologiques les plus profondes du Maroc moderne. El-Ayachi Bakbou rejetait-il certains types de fusion ? En tant que gardien de la tradition, sa position philosophique penchait vers l’idee que la musique rituelle ne devait pas être fusionnee avec d’autres musiques a l’interieur de l’espace de la zaouia, car cela corromprait les frequences spirituelles necessaires aux esprits (mlouk) pour repondre. Pourtant, il n’etait jamais intellectuellement ferme. Il reconnaissait que le monde changeait, et que la survie du patrimoine exigeait de nouveaux vaisseaux — ce qui l’a encourage a permettre a ses fils d’experimenter la fusion en dehors des murs de la zaouia, comme il l’avait fait lui-même au theatre.

Pour l’ecole Bakbou, la fusion s’est transformee d’un danger potentiel en une necessite strategique de survie. Cette vision s’est incarnee dans la carriere legendaire de son fils, le regrete Maâlem Mustapha Bakbou. Mustapha a ete parmi les premiers a etablir la fusion de la tagnaouite avec la World Music, prenant la fondation rythmique apprise de son pere et partageant la scene avec des figures internationales de premier plan.

Genre / Contexte Artiste / Groupe Impact Musical
Folk et Conscience Sociale Jil Jilala (Maroc) A sorti le Gnawa de la marginalisation et l'a place au coeur de la chanson nationale, avec des hymnes intemporels comme "Al-Ayoun Ayniya."
Jazz Americain et Blues Marcus Miller, Pat Metheny Decouverte des liens organiques entre la basse americaine et le guembri africain dans un dialogue d'improvisation de haut niveau.
Jazz Europeen et Musique Libre Eric Legnini, Louis Bertignac, Sixun Fusion des rythmes gnawis ternaires avec les structures harmoniques complexes du jazz europeen moderne.
Le Rêve Inacheve Musiciens ouest-africains (Mali, Senegal) Une session d'enregistrement pure reunissant la branche marocaine avec ses racines mandingues -- retrouver le premier moment de separation historique.

Heritage : Transmettre les Secrets a l’Ere du Bruit

Ceci est l’axe le plus profond pour comprendre l’ecole Bakbou — un axe rarement aborde dans les biographies conventionnelles. La qualite la plus importante d’un veritable maître n’est pas ce qu’il joue de son vivant, mais ce qu’il laisse apres son depart. Avait-il des eleves ? Oui, en abondance. Mais ses eleves les plus importants etaient de son propre sang. El-Ayachi a suivi le systeme traditionnel de “transmission orale et spirituelle du savoir,” transformant la maison familiale en un institut rigoureux. Ses fils, menes par le Maâlem Mustapha Bakbou et le Maâlem Ahmed Bakbou, sont devenus les piliers de l’edifice gnawi a Marrakech et dans le monde.

Comment enseignait-il ? La methode d’El-Ayachi ne reposait ni sur la notation musicale ni sur l’explication theorique. L’education gnawiya est une “education par l’imitation et l’experience vecue.” Il laissait ses eleves observer ses doigts pendant des annees. Ils apprenaient comment preparer l’offrande sacrificielle pour le rituel, comment melanger l’encens, et comment lire le langage des yeux des personnes en transe pour savoir quand baisser le rythme et quand l’elever.

Que craignait-il de voir disparaître du Gnawa ? La plus grande peur d’El-Ayachi et de sa generation de pionniers etait le vidage de la tagnaouite de sa spiritualite. Il craignait que la musique des ancêtres — creee pour soulager la douleur de la diaspora et guerir les âmes brisees — ne devienne qu’un spectacle folklorique pour le divertissement touristique. Il craignait la perte du “Mot” — le corpus poetique en ancienne langue bambara transmis de generation en generation sans comprehension complete de son vocabulaire, mais porteur d’une energie sacree.

Que voulait-il laisser derriere lui ? Son but etait de laisser un arbre aux racines profondes et aux branches embrassant le ciel. Et cela a ete realise — de maniere a la fois tragique et belle. Le lundi 8 septembre 2025, le Maroc et le monde ont perdu le Maâlem Mustapha Bakbou, fils d’El-Ayachi et ambassadeur de son ecole, a l’âge de 72 ans apres un combat contre la maladie. Ses funerailles ont eu lieu au cimetiere de Bab Aghmat a Marrakech. Cet evenement marquant, pleure par Neila Tazi (fondatrice du Festival Gnawa) en des termes emouvants, a confirme que l’heritage d’El-Ayachi Bakbou n’est pas mort — il est devenu partie du patrimoine immateriel de l’humanite. El-Ayachi a laisse derriere lui une “marque deposee” de credibilite, faisant du nom “Bakbou” un synonyme du Gnawa authentique qui ne transige jamais sur sa profondeur spirituelle.


Ecoute Essentielle

Ouled Bambara / Al-Bidane

Rituel / La Fondation

Un retour aux racines africaines pures. Le rythme circulaire swak et les invocations ancestrales evoquent le mouvement des caravanes transsahariennes -- l'incarnation la plus pure de ce qui se jouait dans la zaouia d'El-Ayachi.

Baba Hamouda

Theatral / Innovation

Liee a la piece "Al-Harraz" de la troupe Al-Wafa. Montre une flexibilite etonnante dans l'adaptation de la melodie gnawiya au recit theatral dramatique sans perdre sa majeste ni son identite unique.

Barki Lia / Salame Ala / Bouganda

Fusion / L'Heritage

Interprete par son fils Mustapha Bakbou. Ici la technique rigide du guembri marrakchi fusionne avec des arrangements contemporains, captivant des millions -- le patrimoine triomphant du temps.


"Nous ne frappons pas le bois pour divertir les auditeurs, mais pour reveiller les ancêtres endormis dans ses fibres. Notre musique n'est pas une melodie -- c'est la cle qui libere les âmes tourmentees et les ramene a leur serenite originelle."

-- Maâlem El-Ayachi Bakbou


Le Maâlem El-Ayachi Bakbou n’a jamais cherche la gloire ni l’eclat des projecteurs. Il a cherche a être la racine qui nourrit en silence, le moteur invisible qui propulse l’arbre vers la lumiere. Il a reussi a creer quelque chose de plus rare que n’importe quel disque a succes ou concert a guichets fermes : une dynastie de maîtres qui portent son nom, sa technique et son ADN spirituel a travers les continents et les generations. L’ecole Bakbou reste active aujourd’hui — Ahmed Bakbou continue la tradition a Marrakech, tandis que la memoire de Mustapha resonne dans chaque festival qui celebre le Gnawa.

La zaouia de Marrakech se dresse toujours. L’encens brûle encore. Et quelque part dans les vibrations de chaque guembri accorde a la maniere Bakbou, le Patriarche joue encore — non pas a travers ses doigts, mais a travers les doigts de tous ceux a qui il a enseigne que cette musique n’est pas un divertissement, mais un remede pour l’âme.